17. janv., 2017

Les élites françaises passées au crible de leurs idées sur le racisme, le colonialisme et l’esclavag

 

La France RREC et la France AAA

 

Les élites françaises passées au crible de leurs idées sur le racisme, le colonialisme et l’esclavagisme.

 

 

 

J’ai écrit il y a peu un article dans lequel j’affirmais que les français pouvaient, s’ils le voulaient, choisir la partie de l’héritage de leur Histoire qu’ils souhaitaient voir se perpétuer. Étant moi aussi français, mais né dans une île de la Caraïbe qui fait partie de ce que l’on a coutume d’appeler les DOM ; j’ai également appris à révérer les élites intellectuelles françaises des siècles passés. Mais j’ai pu constater, en grandissant, que nombre de celles que l’on m’avait présentées comme des parangons de vertu, de culture et d’intellect, avaient nourri des préjugés racistes et colonialistes propres à leur époque, à l’égard d’une partie de mes ancêtres esclaves puis colonisés.

 

Alors, sans renier leurs apports plus positifs aux productions culturelles mondiales, je me suis essayé à les classer selon les propos qu’elles avaient tenus sur le racisme, le colonialisme et l’esclavage. Bien que rudimentaire, cette méthode m’aura permis de les catégoriser selon leur appartenance à deux France. La première, la France RREC, Réactionnaire, Raciste, Esclavagiste et Colonialiste est un parfait exemple des fourvoiements dont sont capables, mêmes les esprits réputés les plus éclairés. La seconde, la France AAA, Anticolonialiste, Antiraciste et Antiesclavagiste représente, à l’image d’un Nicolas de Condorcet, ce que la France a pu produire de plus humaniste pendant son histoire. Il se peut que le lecteur soit surpris de retrouver des citations du même auteur dans deux catégories distinctes. Je les ai signalées par les signes.👍👎

 

Loin d’être une erreur de ma part, ces bizarreries illustrent, au mieux, l’évolution toujours possible des opinions les plus arrêtées, et au pire l’hypocrisie ou la difficulté de se détacher des idées propres à son temps ; surtout lorsqu’elles viennent légitimer un mode de vie que l’on sait consenti par d’innommables atrocités. Des hommes aussi célèbres que Victor Schoelcher et Alexis de Tocqueville en sont de parfait exemples.

 

La France AAA

 

 

 

Jean Jacques Rousseau

 

« Le droit de l’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires. » « Le droit de conquête, n’étant point un droit, n’en a pu fonder aucun autre. »

 

« De ce que nous n’avons pu pénétrer dans le continent de l’Afrique, de ce que nous ignorons ce qui s’y passe, on nous fait conclure que les peuples y sont chargés de vices : c’est, si nous avions trouvé le moyen d’y porter les nôtres, qu’il faudrait tirer cette conclusion. (...) Qui jugerons-nous le plus courageux, de l’odieux Cortez subjuguant le Mexique à force de poudre, de perfidie et de trahisons, ou de l’infortuné Guatimozin étendu par d’honnêtes Européens sur des charbons ardents pour avoir ses trésors ? »

 

« Si j’étais chef de quelqu’un des peuples de la Nigritie, je déclare que je ferais élever sur la frontière du pays une potence où je ferais pendre sans rémission le premier Européen qui oserait y pénétrer. »

 

 Montesquieu

 

« Le droit de l’esclavage vient du mépris qu’une nation conçoit pour une autre, fondé sur la différence des coutumes. »

 

« L’esclavage est contre le droit naturel, par lequel tous les hommes naissent libres et indépendants. (...) Un esclave peut donc se rendre libre ; il lui est permis de fuir. (...) La guerre de Spartacus était la plus légitime qui ait jamais été entreprise. »

 

 Voltaire👍

 

« Nous leur disons qu’ils sont hommes comme nous, qu’ils sont rachetés du sang d’un Dieu mort pour eux, et ensuite on les fait travailler comme des bêtes de somme ; on les nourrit plus mal : s’ils veulent s’enfuir, on leur coupe une jambe, et on leur fait tourner à bras l’arbre des moulins à sucre, lorsqu’on leur a donné une jambe de bois ; après cela nous osons parler du droit des gens ! »

 

 

 

 Diderot👍

 

« Nous les avons réduits, je ne dis pas à la condition d’esclaves, mais à celle de bêtes de somme ; et nous sommes raisonnables ! Et nous sommes chrétiens ! »

 

« Cet achat de nègres pour les réduire en esclavage est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles et tous les droits de la nature humaine. »

 

« On dira peut-être qu’elles seraient bientôt ruinées, ces colonies, si l’on y abolissait l’esclavage des nègres. Mais quand cela serait, faut-il conclure de là que le genre humain doit être horriblement lésé, pour nous enrichir ou fournir notre luxe ? »

 

« Peut-il être légitime de dépouiller l’espèce humaine de ses droits les plus sacrés, uniquement pour satisfaire son avarice, sa vanité ou ses passions particulières ? Non, que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux. »

 

« Passé l’Equateur, l’homme n’est plus ni anglais, ni hollandais, ni français, ni espanol, ni portugais. Il ne conserve de sa patrie que les principes et les préjugés qui autorisent ou excusent sa conduite, (...) pressé d’acquérir, pressé de jouir et capable de tous les forfaits qui le conduiront plus rapidement à ses fins. »

 

 Condorcet

 

« Les mêmes nations européennes dont les lois autorisent l’esclavage des Noirs regarderaient celui des Blancs comme un crime. Cette contradiction dispense de prouver que jamais l’esclavage ne peut être légitime, que jamais un homme ne peut être la propriété d’un autre homme. »

 

« Quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, la même vertu que les Blancs. Je ne parle ici que de ceux d’Europe ; car, pour les Blancs des colonies, je ne vous fais pas l’injure de les comparer avec vous. »

 

« Si on allait chercher un homme parmi les îles de l’Amérique, ce n’est point parmi les gens de chair blanche qu’on le trouverait. »

 

« Vous n’avez point de quoi soudoyer des avocats : il n’est donc pas étonnant que vos maîtres trouvent plus de gens qui se déshonorent et plaidant leur cause que vous n’en avez trouvé qui se soient honorés en défendant la vôtre. Et des hommes qui se sont enrichis dans les îles aux dépens de vos travaux et de vos souffrances, n’ont de cesse, à leur retour, de vous insulter dans des libelles calomnieux. »

 

« La contagion n’est-elle pas à craindre ? N’est-il pas dangereux pour une nation libre de permettre à une partie de ses citoyens de perpétuer des conduites en contradiction avec les principes de liberté et d’égalité dont le législateur ont fait la base de sa Constitution ? »

 

 Cahier du tiers état d’une petite commune du Jura :

 

« Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le doux lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu’on puisse faire usage des productions desdites colonies si l’on faisait réflexion qu’elles ont été arrosées du sang de leurs semblables ; ils craignent avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n’accusent les Français de ce siècle d’avoir été anthropophages. »

 

 Dupont de Nemours

 

« Votre intérêt, celui de l’Europe, celui du monde exigeraient que vous n’hésitassiez pas dans le sacrifice d’une colonie plutôt que d’un principe » ;

 

 Robespierre

 

« Et pourquoi perdriez-vous vos colonies ? C’est parce qu’une partie des citoyens, ceux qu’on appelle les Blancs, veulent exclusivement jouir du droit de cité. » « Vous nous alléguez sans cesse les droits de l’homme, et vous y avez si peu cru vous-même que vous avez décrété constitutionnellement l’esclavage ».

 

 Lacroix

 

« En travaillant à la Constitution du peuple français, nous n’avons pas porté nos regards sur les malheureux hommes de couleur. La postérité aura un grand reproche à nous faire de ce côté ; mais nous devons réparer ce tord. »

 

 Danton

 

« Jusqu’ici, nous n’avons décrété la liberté qu’en égoïstes et pour nous seuls. Aujourd’hui, nous proclamons à la face de l’univers - et les générations futures trouverons leur gloire dans ce décret -, nous proclamons la liberté universelle ! »

 

 Camille Desmoulins

 

« Périssent nos colonies plutôt qu’un principe ».

 

 Jean-Baptiste Say

 

« Les vraies colonies d’un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. Tout peuple commerçant doit désirer qu’ils soient tous indépendants pour devenir plus industrieux et plus riches. Tout peuple commerçant doit désirer qu’ils soient tous indépendants pour devenir plus industrieux et plus riches, car plus ils seront nombreux et productifs, plus ils présenteront d’occasions et de facilités pour les échanges. Ces peuples alors deviennent pour nous des amis utiles, et qui ne nous obligent pas de leur accorder des monopoles onéreux, ni d’entretenir à grands frais des administrations, une marine et des établissements militaires aux bornes du monde. Un temps viendra où on sera honteux de tant de sottise et où les colonies n’auront plus d’autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens des peuples. »

 

 Petrus Camper

 

« Que dirait-on d’un philosophe africain ou asiatique, s’il y en avait, comme autrefois dans ces pays, qui, voyant quelques crânes d’Européens mal organisés, déciderait que les Européens sont nécessairement une race d’hommes stupides ? »

 

« On citera avec une juste horreur les meurtres, les cruautés, la férocité qu’ils ont exercées sur les Blancs à Surinam, à Saint-Domingue, dans les colonies anglaises, partout où ils se sont révoltés. Et je dirai : lisez la lugubre histoire des révolutions humaines ; dans tous les temps et chez tous les peuples et partout vous verrez que toutes les fois que des esclaves sont parvenus à rompre leurs chaînes, ils en ont forgé des armes pour exterminer leurs maîtres. »

 

 Dauxion Lavaysse

 

« Les colons peignent avec raison comme des monstres les nègres de Saint-Domingue, qui usant de coupables représailles, ont égorgé des Blancs, et jamais ils ne disent que les Blancs ont provoqué ces vengeances, en noyant les nègres, en les faisant dévorer par des chiens. »

 

 Victor Schoelcher👍

 

« Trouvez un nègre pour gouverner la Guadeloupe, un autre pour occuper une chaire au Collège de France, et vous aurez porté un rude coup au préjugé. (...) Une partie de ces bourses instituées pour les pauvres, donnez-les à des enfants noirs (...) et quand on les verra égaux à nous en politique, en science, en savoir-vivre, en élégance, en dignité, le bon sens et la justice triompheront, l’ignorance et la méchanceté seront vaincues (...)le préjugé injuste et barbare des Blancs contre la couleur des Africains et des sang-mêlé sera extirpé de la société française. »

 

 Georges Clemenceau (Chambre des députés, 1885)

 

« Races supérieures, races supérieures, c’est bien tôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la Francedevait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou race inférieur. »

 

 Yves Guyot (Ministre des Travaux Publics)

 

« Si on voulait représenter dans une allégorie le prix de revient en homme des colons installés an Algérie et y vivant avec leurs propres ressources, chacun d’eux serait assis sur quatre cadavres gardés par deux soldats. »

 

 Paul Vigné d’Octon (député, 1907)

 

« J’ai fait ce rêve : il y avait enfin sur la terre une justice pour les races soumises et les peuples vaincus. Fatigués d’être spoliés, pillées, refoulés, massacrés, les Arabes et les Berbères chassaient leurs dominateurs du nord de l’Afrique, les Noirs faisaient de même pour le reste du continent, et les Jaunes pour le sol asiatique. Ayant ainsi reconquis par la violence et par la force les droits imprescriptibles et sacrés qui par la force et la violence leurs furent ravis, chacune de ces familles humaines poursuivaient la route de sa destinée un instant interrompue. En oubliant que j’étais français, ce qui n’est rien, pour me souvenir que j’étais un homme, ce qui est tout, je sentais dans la profondeur de mon être une indicible jubilation. »

 

 Henri de Rochefort (journaliste, homme politique)

 

« Il est étrange qu’ayant reproché les bombardements aux Allemands, nous hésitions si peu à l’appliquer aux Arabes (...). Nous sommes allées molester les Tunisiens chez eux (...) pour les punir de n’avoir voulu se faire flibuster. »

 

 Le Myre de Vilers

 

« Notre honorable collègue [1] s’en prend à des agents d’exécution ; moi j’accuse les gouvernements ; ils ne peuvent ignorer qu’en envoyant des troupes à plusieurs milliers de kilomètre de leur base d’opération, sans moyens de transport, sans vivres, sans marchandise d’échange, ces troupes seront obligés de vivre sur l’habitant, de réquisitionner d’innombrables porteurs qui sèment les sentiers de leurs cadavres. (...) Ces colonnes ne sont pas des troupes régulières, monsieur le ministre de la Guerre, ce sont des bandes de partisans. Les gouvernements envoient de véritables expéditions, sans consulter leurs Parlements respectifs, sans leur demander les ressources indispensables. (...) Ces gouvernements ne peuvent ignorer qu’en confiant des pouvoirs excessifs à des fonctionnaires, en ne leur donnant ni instructions, ni direction, en ne leur imposant aucun contrôle, en leur permettant même de subventionner des journaux métropolitains pour chanter leur gloire en France, ces fonctionnaires, ces agents finissent par perdre la mesure des choses, par se croire appelés aux plus hautes destinées, par tout sacrifier à leurs propres intérêts, par n’avoir d’autre guide que leur bon plaisir. »

 

 Mgr Le Roy (vicaire apostolique au Gabon)

 

« L’Afrique a résisté à trois siècles de traite des esclaves : elle ne résistera pas à cinquante ans de civilisation. »

 

 Anatole France (Membre de l’Académie Française, "meeting de protestation contre la barbarie coloniale" 30 Janvier 1906)

 

« Les Blancs ne communiquent avec les Noirs ou les Jaunes que pour les asservir ou les massacrer. Les peuples que nous appelons barbares ne nous connaissent encore que par nos crimes. Non certe, nous ne croyons pas qu’il se commette sur cette malheureuse terre d’Afrique plus de cruautés sous notre pavillon que sous les drapeaux des royaumes et des empires. Mais il nous importe à nous, Français, de dénoncer avant tout les crimes commis en notre nom. (...) Européens chrétiens, allons-nous armer sans cesse contre nous en Afrique, en Asie, d’inextinguibles colères et des haines insatiables et nous préparer pour un avenir lointain sans doute, mais assuré, des millions d’ennemis ? »

 

 Jean Jaurès (Chambre des députés, 28/06/1912)

 

« Jamais je n’ai tracé des populations musulmanes un tableau idyllique et je sais très bien la part de désordre, d’exploitation oligarchique des grands chefs qui s’y souvent mêlée. Mais enfin, messieurs, si vous voulez regarder au fond des choses, il y avait une civilisation marocaine capable des transformations nécessaires, capable d’évolution et de progrès, civilisation à la fois antique et moderne (...). Il y avait là un germe d’avenir, une espérance que j’ai salués. et laissez-moi vous dire que je ne pardonne pas à ceux qui ont écrasé cette espérance d’un progrès pacifique et humain, la civilisation africaine, sous toutes les ruses et sous toutes les brutalités de la conquête. (...) Parmi tous ces peuples longtemps opprimés ou endormis ou séparés de l’Europe par des océans d’indifférence, je dis que partout il y a des forces morales neuves qui s’éveillent, un appétit de liberté, un appétit d’indépendance, le sens du droit qui pour s’affirmer nous emprunte quelques fois nos formules. Et je dis que pour le peuple qui aurait eu le courage, la sagesse, la généreuse clairvoyance de ne se livrer nulle part dans le monde à une politique de conquête et d’expropriation brutale, pour ce peuple-là, il y aurait eu chez toutes ces races qui s’éveillent et qui veulent leur droit une force de sympathie qui était une puissance réelle. »

 

 Jean Jaurès citant Clemenceau (Chambre des députés, 27 mars 1908) [2]

 

« On a tué, massacré, violé, pillé tout à l’aise dans un pays sans défense, l’histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence (...). Rien n’est plus contraire aux intérêts français que cette politique de barbarie. »

 

 

 

[1] Paul Vigné d’Octon

 

[2] au nom de la "protection des nationaux" Clemenceau, président du Conseil depuis octobre 1906, engage l’expédition du Maroc avec Stephen Pichon comme ministre des Affaires étrangères, il déclara "Mon impression est que des tribus qui n’ont pas été encore en contact avec nos troupes ont besoin de recevoir une bonne raclée." le 22 septembre 1907

 

Victor Schoelcher👍

 

Les Noirs ne sont pas stupides parce qu’ils sont noirs mais parce qu’ils sont esclaves.

 

 

 

 

Alexis de Tocqueville👍

 

Vieil ami sincère de l'Amérique, je m'inquiète de voir l'esclavage retarder son progrès, ternir sa gloire, fournir des armes à ses détracteurs, compromettre la carrière à venir de l'Union qui garantit sa sécurité et sa grandeur, et montrer à l'avance à tous ses ennemis où ils doivent frapper. Comme homme aussi, je m'émeus du spectacle de la dégradation de l'homme par l'homme, et j'espère voir le jour où la loi garantira une liberté civile égale à tous les habitants du même empire, comme Dieu accorde le libre arbitre sans distinction à tous ceux qui demeurent sur terre.

 

  • « Correspondance américaine et européenne », dans Œuvres complètes, Alexis de Tocqueville, éd. Gallimard, 1986, t. VII, p. 163-164

 

 

 

Je ne crois donc pas qu'à aucune époque l'esclavage ait été utile à la vie et au bien-être social. Je Ie croirais, que je n'irais pas encore jusqu'à en conclure qu'à aucune époque l'institution de l'esclavage a été bonne et légitime.
Je n'admettrai point qu'un acte injuste, immoral, attentatoire aux droits les plus sacrés de l'humanité, puisse jamais se justifier par une raison d'utilité. Ce serait admettre la maxime que la fin justifie les moyens, et c'est une maxime que j'ai toujours détestée, et que je détesterai toujours.
L'esclavage, eût-il en effet contribué à sauver la vie de quelques hommes et augmenté la richesse de quelque peuple, ce que je nie, n'en reste pas moins à mes yeux un horrible abus de la force, un mépris de toutes les lois divines et humaines, qui nous défendent de priver de la
liberté notre semblable et de le faire servir malgré lui à notre bien-être.
Ces faits sont odieux de nos jours, ils ne l'étaient pas moins il y a trois mille ans.

 

« Mélanges », dans Œuvres complètes, Alexis de Tocqueville, éd. Gallimard, 1989, t. XVI, p. 166-167

 

Jean-Paul Sartre

 

Vous savez bien que nous sommes des exploiteurs. Vous savez bien que nous avons pris l’or et les métaux, puis le pétrole des "continents neufs", et que nous les avons ramenés dans les vieilles métropoles. [...] L’Europe, gavée de richesses, accorda de jure l’humanité à tous ses habitants : un homme, chez nous, ça veut dire un complice puisque nous avons tous profité de l’exploitation coloniale.

 

             Situations V, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1964, p. 187

 

 

 

Ordre est donné de ravaler les habitants du territoire annexé au niveau du singe supérieur pour justifier le colon de les traiter en bêtes de somme. La violence coloniale ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser. Rien ne sera ménagé pour liquider leurs traditions, pour substituer nos langues aux leurs, pour détruire leur culture sans leur donner la nôtre ; on les abrutira de fatigue.

 

             Les Damnés de la terre, Frantz Fanon, éd. Maspero, 1961, préface de Jean-Paul Sartre, p. 9-26

 

 

 

[Le colonialisme] est notre honte, il se moque de nos lois ou les caricature ; il nous infecte de son racisme [...]. Il oblige nos jeunes gens à mourir malgré eux pour les principes nazis que nous combattions il y a dix ans ; il tente de se défendre en suscitant un fascisme jusque chez nous, en France. Notre rôle, c’est de l’aider à mourir. Non seulement en Algérie, mais partout où il existe. [...] La seule chose que nous puissions et devrions tenter – mais c’est aujourd’hui l’essentiel –, c’est de lutter à ses côtés pour délivrer à la fois les Algériens et les Français de la tyrannie coloniale.

 

             « Le colonialisme est un système » (1957), dans Situations V, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1964, p. 47-48

 

 

 

Quel bavardage : liberté, égalité, fraternité, amour, honneur, patrie, que sais-je ? Cela ne nous empêchait pas de tenir en même temps des discours racistes, sale nègre, sale juif, sale raton.

 

             Situations V, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1964, p. 187

 

 

 

Jean-Baptiste Say

 

Les vraies colonies d'un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. Tout peuple commerçant doit désirer qu'ils soient tous indépendants pour devenir plus industrieux et plus riches, car plus ils seront nombreux et productifs, plus ils présenteront d'occasions et de facilités pour les échanges. Les peuples deviennent alors pour nous des amis utiles et qui ne nous obligent pas de leur accorder des monopoles onéreux, ni d'entretenir à grands frais des administrations, une marine et des établissements militaires aux bornes du monde. Un temps viendra où on sera honteux de tant de sottise et où les colonies n'auront plus d'autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens du peuple.

 

             Jean-Baptiste Say, 1830, dans Encyclopædia universalis, paru chez E.Universalis France, 1980, t.4, p.705, Claude Grégory, Jacques Bersani.

 

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre

 

Je suis fâché que des philosophes qui combattent les abus avec tant de courage n'aient guère parlé de l'esclavage des noirs que pour en plaisanter, ils se détournent au loin; ils parlent de la Saint-Barthélemy, du massacre des Mexicains par les Espagnols, comme si ce crime n'était pas celui de nos jours, et auquel la moitié de l'Europe prend part. Y a-t-il donc plus de mal à tuer tout d'un coup des gens qui n'ont pas nos opinions, qu'à faire le tourment d'une nation à qui nous devons nos délices? Ces belles couleurs de rosé et de feu dont s'habillent nos dames, le coton dont elles ouatent leurs jupes; le sucre, le café, le chocolat de leurs déjeuners, le rouge dont elles relèvent leur blancheur : la main des malheureux noirs a préparé tout cela pour elles. Femmes sensibles, vous pleurez aux tragédies, et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes !

 

Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau👍

 

Tous les Européens étaient de vrais sauvages quand déjà les Chinois et les Égyptiens étaient civilisés. Si ces derniers avaient jugé de nos ancêtres comme nous jugeons trop souvent des races étrangères, ils auraient trouvé chez eux bien des signes d'infériorité, à commencer par ce teint blanc dont nous sommes si fier et qu'ils auraient pu regarder comme accusant un étiolement irrémédiable.

 

 

 

 

Émile Zola

 

Au cours des siècles, l'histoire des peuples n'est qu'une leçon de mutuelle tolérance, si bien que le rêve final sera de les ramener tous à l'universelle fraternité, de les noyer tous dans une commune tendresse, pour les sauver tous le plus possible de la commune douleur. Et, de notre temps, se haïr et se mordre, parce qu'on n'a pas le crâne absolument construit de même, commence à être la plus monstrueuse des folies.

 

  • Nouvelle campagne (1896), Émile Zola, éd. Bibliothèque-Charpentier, 1897, p. 204

 

Bernard Lazare

 

La théorie de l'inégalité des races repose sur un fait réel ; elle devrait se formuler : l'inégalitédes peuples, car il est de toute évidence que la destinée des différents peuples n'a pas été semblable, mais cela ne veut pas dire que l'inégalité de ces peuples fut originelle. Cela veut dire simplement que certains peuples se trouvèrent dans des conditions géographiques, climatériques et historiques, plus favorables que celles dont jouirent d'autres peuples, qu'ils purent par conséquent se développer plus complètement, plus harmoniquement, et non qu'ils eurent des dispositions meilleures, ni une cervelle plus heureusement conformée. La preuve en est que certaines nations appartenant à la race blanche, dite supérieure, ont fondé des civilisations de beaucoup inférieures aux civilisations des jaunes ou même des noirs. Il n'y a donc pas de peuples ni de races originairement supérieurs, il y a des nations qui "dans certaines conditions ont fondé des empires plus puissants et des civilisations durables".

 

  • L'antisémitisme, son histoire et ses causes (1894), Bernard Lazare, éd. L. Chailley, 1894, p. 252

 

 

 

Jacques Paul Migne

 

L'humanité et tous ses attributs existent dans l'espèce noire, comme dans la blanche, et si les facultés sont plus développées dans l'une que dans l'autre, cela ne fait rien à leur nature propre. Jamais personne n'a prétendu en voyant parmi nous, tant de gens d'une intelligence au-dessous du médiocre, que ces gens là n'avaient pas d'âme spirituelle. Or beaucoup de ces individus ne sont pas au dessus du nègre quant à l'intelligence. Encore une fois, la question ne saurait être posée sérieusement. Mais c'est ici l'occasion de faire remarquer que la race nègre, placée dans des conditions propres à favoriser le développement de ses facultés, ou simplement soustraite à l'influence de celles qui la dégradent, manifeste un degré d'intelligence qui la met de niveau avec plus d'une nation appartenant au type blanc. Il suffit pour cela de citer la république haïtienne , qui fonctionne aussi bien pour le moins que la plupart des républiques espagnoles du nouveau continent, et peut-être mieux que certaines nations d'origine sémitique.

 

  • Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques... (1848), Jacques Paul Migne, éd. Migne, 1848, t. 1, p. 129

 

 

 

La France RREC

 

 

Victor Schoelcher👎

 

Les nègres, sortis des mains de leurs maîtres avec l’ignorance et tous les vices de l’esclavage, ne seraient bons à rien, ni pour la société ni pour eux-mêmes… Je ne vois pas plus que personne la nécessité d’infecter la société active (déjà assez mauvaise) de plusieurs millions de brutes décorés du titre de citoyens, qui ne seraient en définitive qu’une vaste pépinière de mendiants et de prolétaires… la seule chose dont on doive s’occuper aujourd’hui, c’est d’en tarir la source, en mettant fin à la traite

  • Les Noirs (1830)

 

 

Jean-François de La Harpe

 

Ces Nègres, sans doute, sont susceptibles de culture; mais l'infériorité naturelle de cette race d'hommes paraît démontrée par une longue expérience et par les plus sûrs témoignages.

 

 

 

 

Pierre Larousse

 

C'est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l'espèce nègre est aussi intelligente que l'espèce blanche. Un fait incontestable et qui domine tous les autres, c'est qu'ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que celui de l'espèce blanche. Mais cette supériorité intellectuelle qui selon nous ne peut être révoquée en doute, donne-t-elle aux blancs le droit de réduire en esclavage la race inférieure ? Non, mille fois non. Si les nègres se rapprochent de certaines espèces animales par leurs formes anatomiques, par leurs instincts grossiers, ils en diffèrent et se rapprochent des hommes blancs sous d'autres rapports dont nous devons tenir grand compte. Ils sont doués de la parole, et par la parole nous pouvons nouer avec eux des relations intellectuelles et morales, nous pouvons essayer de les élever jusqu'à nous, certains d'y réussir dans une certaine limite. Du reste, un fait plus sociologique que nous ne devons jamais oublier, c'est que leur race est susceptible de se mêler à la nôtre, signe sensible et frappant de notre commune nature. Leur infériorité intellectuelle, loin de nous conférer le droit d'abuser de leur faiblesse, nous impose le devoir de les aider et de les protéger.

 

  • Pierre Larousse, 1872, "Grand dictionnaire universel du XIXème siècle", Article "Nègre", dans Histoires des Civilisations, paru chez Belin, 1981, p.300, François Lebrun, Zanghellini.

 

 

 

Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau👎

 

Le Nègre est une monstruosité intellectuelle, en prenant ici le mot dans son acceptation scientifique. Pour le produire, la nature a employé les mêmes moyens que lorsqu’elle enfante ces monstruosités dont nos cabinets offrent de nombreux exemples. [...] Il a suffi pour atteindre ce résultat que certaines parties de l’être s’arrêtassent à un certain degré de leur formation. De là, ces fœtus sans tête ou sans membres, ces enfants qui réalisent la fable de cyclope [...]. Eh bien ! Le Nègre est un blanc dont le corps acquiert la forme définitive de l’espèce, mais dont l’intelligence tout entière s’arrête en chemin.

 

  • Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, 1er mars 1843, "La Foride" in Revue des Deux Mondes, dans L'énigme du dix-neuvième siècle, un jeu de patience, paru chez L'Harmattan, 2002, p.212, Philippe Riviale.

 

 

 

Jean-Baptiste Raffenel

 

Si parfois le nègre est cruel, on peut affirmer que c'est moins par nature que par insouciance de la vie humaine, dont il est habitué à faire bon marché pour lui-même. S'il est indifférent aux souffrances d'autrui, c'est qu'il n'en a pas conscience, d'abord à cause de son insensibilité physique, fait acquis aujourd'hui; ensuite parce que son éducation lui enseigne qu'il y a une sorte de lâcheté, presque du déshonneur, à laisser paraître ses impressions douloureuses, soit que le mal touche au cœur, soit qu'il affecte le corps. On trouve cette indifférence du nègre pour les maux delà vie, particulièrement dans ses rapports avec les Européens. Je conclus donc, jusqu'à plus ample informé, que le nègre est bon naturellement et qu'il ne devient mauvais que par accident.

 

  • Nouveau voyage dans le pays des nègres (1856), Jean-Baptiste Raffenel, éd. Imprimerie de N. Chaix et cie, 1856, p. 239

 

 

 

Jules Romain

 

La race Noire n’a encore donné, ne donnera jamais un Einstein, un Stravinsky, un Gershwin.

 

  • Jules Romain, 1950, dans Discours sur le colonialisme, paru chez Présence africaine, 1955, p.30, Aimé Césaire.

 

 

 

Je n’accepte la discussion qu’avec des gens qui consentent à faire l’hypothèse suivante : une France ayant sur son sol métropolitain dix millions de Noirs (descendants d'esclaves), dont cinq ou six millions dans la vallée de la Garonne. Comment les choses se passeraient-elles ? Le préjugé de race n’aurait-il jamais effleuré nos vaillantes populations du Sud-Ouest ? Aucune inquiétude, si la question s'était posée de remettre tous les pouvoirs politiques, militaires, judiciaires, municipaux, à ces nègres fils d'esclaves? [...] Il m'est arrivé d'avoir ainsi en face de moi une rangée d'une vingtaine de noirs, hommes et femmes, d'âges divers, une rangée pure, et de noirs purs [...]. Je ne reprocherai même point à mes nègres et négresses de mâcher tous ensemble du chewing-gum. Beaucoup de blancs des classes modestes leur ont enseigné cette élégance. J’observerai seulement, en toute objectivité, que ce mouvement a pour effet de mettre les mâchoires bien en valeur et que les évocations qui vous viennent à l’esprit [...] vous ramènent plus près de la forêt équatoriale que de la procession des Panathénées.

 

  • Jules Romain, 1971, dans La revue des deux mondes, paru à la La Revue, Paris, 1971, p.433, Societe de la Revue des Mondes.

 

 

 

Marcel de Serres

 

Les nègres comparés aux autres variétés sont la limite extrême des races inférieures; tout comme les blancs, le terme extrême des races supérieures ; les uns et les autres sont donc comme des points d'arrêt. En effet, les premiers ne peuvent pas descendre au-delà de leur imperfection et les seconds arriver à une plus grande perfection physique. Les nègres, les plus laids, les plus farouches et les plus stupides des hommes, ont suivi une direction bestiale, si l'on peut s'exprimer ainsi, tandis que les blancs ont conservé la direction intellectuelle propre à notre nature, et qui nous distingue d'une manière si éminente entre tous les êtres vivants.

 

  • Recueil des Actes de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux (1848), Marcel de Serres, éd. Lawalle, 1848, De l'ancienneté des diverses races humaines, p. 234

 

 

 

Pascal Sevran

 

Des enfants, on en ramasse à la pelle dans ce pays (le Niger) - est-ce un pays ou un cimetière ? - où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé du monde, neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout va, la mort est au bout de leur bite, ils peuvent continuer parce que ça les amuse, personne n’osera leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l’humanité : faire des enfants, le seul crime impuni. On enverra même de l’argent pour qu’ils puissent continuer à répandre, à semer la mort.

 

  • Le privilège des jonquilles, Pascal Sevran, éd. Albin Michel, 2005, p. 214

 

 

 

Jacques-Christophe Valmont de Bomare

 

La laideur et l’irrégularité de la figure caractérisent l’extérieur du nègre ; les négresses ont les reins écrasés et une croupe monstrueuse, ce qui donne à leur dos la forme d’une selle de cheval. Les vices les plus marqués semblent être l’apanage de cette race ; la paresse, la perfidie, la vengeance, la cruauté, l’impudence, le vol, le mensonge, l’irréligion, le libertinage, la malpropreté et l’intempérance, semblent avoir étouffé chez eux tous les principes de la loi naturelle, et les remords de la conscience ; les sentiments de compassion leur sont presque inconnus ; seraient-ils un exemple terrible de la corruption de l’homme abandonné à lui-même ? L’on peut, jusqu’à un certain point, regarder les races des nègres comme des nations barbares, dégénérées ou avilies ; leurs usages sont quelquefois si bizarres, si extravagants, et si déraisonnables, que leur conduite, jointe à leur couleur, a fait douter, pendant longtemps, s’ils étaient véritablement des hommes issus du premier homme comme nous, tant leur férocité et leur animalité les fait, en certaines circonstances, ressembler aux bêtes les plus sauvages. On a vu ces peuples se nourrir de leurs frères, et dévorer leurs propres enfants.

 

 

 

 

Julien-Joseph Virey

 

Chez nous, le front avance et la bouche semble se rapetisser, se reculer, comme si nous étions destinés à penser plutôt qu'à manger; chez le nègre, le front se recule et la bouche s'avance, comme s'il était plutôt fait pour manger que pour réfléchir. [...] Ils excellent principalement dans la danse, l'escrime, la natation, l'équitation; ils font des tours d'adresse surprenants; ils grimpent, sautent sur la corde, voltigent avec une facilité merveilleuse et qui n'est égalée que par les singes, leurs compatriotes, et peut-être leurs anciens frères selon l'ordre de la nature.

 

  • Histoire naturelle du genre humain (1824), Julien-Joseph Virey, éd. Crochard, 1824, De l'espèce nègre, p. 41

 

 

 

Voltaire👎

 

Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que des Nègres et des Négresses, transportés dans les pays les plus froids, y produisent toujours des animaux de leur espèce.

 

  • Essais sur les Mœurs, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 11, chap. 2-Des différentes races d'hommes, p. 21

 

 

 

La plupart des Nègres, tous les Cafres, sont plongés dans la même stupidité, et y croupiront longtemps.

 

  • Essais sur les Mœurs, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 11, chap. 3-De l'antiquité des nations, p. 25

 

Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les nègres. On nous reproche ce commerce: un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur: ce négoce démontre notre supériorité; celui qui se donne un maître était né pour en avoir.

 

             « Essais sur les Mœurs » (1756), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 13, chap. CXCVII.Résumé de toute cette histoire..., p. 180

 

Georges Vacher de Lapouge

 

Il y a dans la France continentale (en 1926) environ vingt millions de Français bien pursd'origine, à peu près dix millions de Français mélangés, contaminés par des infiltrations anciennes provenant de pays voisins, par des importations d'esclaves faits sur les musulmans, et même par des nègres introduits en grand nombre pendant les trois derniers siècles dans les provinces de l'Ouest, enfin près de dix millions de métèques arrivés d'hier ou depuis un siècle au plus, les uns naturalisés souvent par l'autorité de la loi et presque de force, les autres restant étrangers, les uns mariés à des françaises ou même fils de françaises, les autres mariés à des étrangères.

 

  • Lapouge va fournir plus tard les éléments fondateurs de l'antisémitisme nazi.

 

 

 

 

Le prince, roi, ministre ou Parlement ne peut pas plus faire un Français d'un Grec ou d'un Marocain, qu'il ne peut blanchir la peau d'un nègre, débrider les yeux d'un Chinois ou changer une femme en homme. [...] Pour qu'un Français soit Français, il faut qu'il soit issu d'un Français et d'une Française, et de siècle en siècle. On ne devient pas Français, et d'ailleurs pas davantage Anglais, Russe ou Japonais. De telles choses ne sont possibles que dans le temps de la fondation, d'une nation neuve en pays inhabité.

 

  • Lapouge va fournir plus tard les éléments fondateurs de l'antisémitisme nazi.

 

 

 

 

L'Aryen tel que je l'ai défini [...], c'est l'Homo Europaeus, une race qui a fait la grandeur de la France, et qui est aujourd'hui rare chez nous et presque éteinte.

 

  • L'Aryen: son rôle social (1899), Vacher de Lapouge, éd. A. Fontemoing, 1899, p. 464

 

 

 

Jean Giraudoux

 

Sont entrés chez nous, par une infiltration dont j'ai essayé en vain de trouver le secret, des centaines de mille Askenasis, échappés des ghettos polonais ou roumains, dont ils rejettent les règles spirituelles, mais non le particularisme, entraînés depuis des siècles à travailler dans les pires conditions, qui éliminent nos compatriotes, tout en détruisant leurs usages professionnels et leurs traditions, de tous les métiers du petit artisanat : confection, chaussure, fourrure, maroquinerie, et, entassés par dizaines dans des chambres, échappent à toute investigation du recensement, du fisc et du travail. Tous ces émigrés, habitués à vivre en marge de l'État et à en éluder les lois, habitués à esquiver toutes les charges de la tyrannie, n'ont aucune peine à esquiver celles de la liberté ; ils apportent là où ils passent l'à-peu-près, l'action clandestine, la concussion, la corruption, et sont des menaces constantes à l'esprit de précision, de bonne foi, de perfection qui était celui de l'artisanat français. Horde qui s'arrange pour être déchue de ses droits nationaux et braver ainsi toutes les expulsions, et que sa constitution physique, précaire et anormale, amène par milliers dans nos hôpitaux qu'elle encombre. En ce qui concerne les migrations provoquées par lui-même, notre État n'a pas eu plus de prévoyance. Il n'a jamais été guidé que par des considérations matérielles. D'abord, alors qu'il pouvait choisir parmi les races les plus voisines de la nôtre, il a favorisé l'irruption et l'installation en France de races primitives ou imperméables, dont les civilisations, par leur médiocrité ou leur caractère exclusif, ne peuvent donner que des amalgames lamentables et rabaisser le standard de vie et la valeur technique de la classe ouvrière française. L'Arabe pullule à Grenelle et à Pantin.

 

 

 

 

Concluons. Dans l'équipe toujours remarquable des hommes d'État qui prétendent à la conduite de la France, le seul qui aura compris, celui auquel il conviendra de tresser plus tard des coronnes aussi belles qu'au ministre de la paix, sera le ministre de la race [...]. Qu'importe que les frontières du pays soient intactes, si les frontières de la race se rétrécissent et si la peau de chagrin française est le Français ! [...] Le pays ne sera sauvé que provisoirement par les seules frontières armées : il ne peut l'être définitivement que par la race française, et nous sommes pleinement d'accord avec Hitler pour proclamer qu'une politique n'atteint sa forme supérieure que si elle est raciale, car c'était aussi la pensée de Colbert et de Richelieu.

 

 

Napoléon Bonaparte

 

Comment a-t-on pu donner la liberté à des Africains, à des hommes qui n'avaient aucune civilisation, qui ne savaient seulement pas ce que c'était que colonie, ce que c'était que la France ? Il est tout simple que ceux qui ont voulu la liberté des Noirs, veuillent encore l'esclavage des Blancs. Mais encore croyez-vous que, si la majorité de la Convention avait su ce qu'elle faisait, et connu les colonies, elle aurait donné la liberté aux Noirs ? Non sans doute : mais peu de personnes étaient en état d'en prévoir les résultats, et un sentiment d'humanité est toujours puissant sur l'imagination. Mais à présent tenir encore à ces principes, il n'y a pas de bonne foi, il n'y a que de l'amour-propre et de l'hypocrisie.

 

  • Réponse de Napoléon à Truguet hostile aux colons des îles et à l'esclavage.

 

  • Napoléon Bonaparte, 21 ventôse an XI, Paris, séance du Conseil d’État, dans Le Consulat et l'Empire, paru chez Jules Renouard, 1834, p.323, A.C Thibaudeau.

 

Denis Diderot👎

 

Quoi qu'en général les Nègres aient peu d'esprit, ils ne manquent pas de sentiment. Ils sont sensibles aux bons et aux mauvais traitements. Nous les avons réduits, je ne dis pas à la condition d'esclaves, mais à celles de bêtes de sommes; et nous sommes raisonnables! et nous sommes chrétiens!

 

  • Denis Diderot, 1765, Encyclopédie, article "Humain", dans Diderot et l'Encyclopédie, paru chez Armand Colin, 1962, p.417, Jacques Proust.

 

Général Rochambeau

 

Je vous envoie, mon cher commandant, un détachement de cent cinquante hommes de la garde nationale du Cap, commandés par M. Bari, il est suivi de vingt-huit chiens bouledogues. Ces renforts vous mettront à même de terminer entièrement vos opérations. Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il ne vous sera passé en compte aucune ration, ni dépense pour la nourriture de ces chiens. Vous devez leur donner des nègres à manger. Je vous salue affectueusement.

 

  • Le général Rochambeau chargé par Napoléon Ier de reconquérir Haïti écrit au général Ramel le 15 germinal 1803. Rochambeau ajouta "Le capitaine général trouvait très déplacée ma répugnance à me servir des chiens, je ne pus jamais lui faire entendre raison".

 

 

Thomas-Robert Bugeaud

 

Il faut une grande invasion en Afrique, qui ressemble à ce que faisait les Francs, à ce que faisait les Huns.

 

             Maréchal Bugeaud, 14 mai 1840, Discours à la Chambre, dans Pour l'honneur de l'armée réponse au général Schmitt sur la guerre d'Algérie, paru L'Harmattan, 1960, p.89, lieutenant-colonel Pierre-Alban Thomas.

 

 

 

La guerre que nous allons faire n'est plus une guerre à coups de fusil. C'est en enlevant aux Arabes les ressources que le sol leur procure, que nous pourrons en finir avec eux.

 

             Lettres d'un soldat, neuf années de campagnes en Afrique, Lucien de Montagnac, éd. Plon, 1885, p. 158

 

 

 

C'est peu de traverser les montagnes et de battre une ou deux fois les montagnards; pour les réduire, il faut attaquer leurs intérêts. On ne peut y parvenir en passant comme un trait; il faut s'arranger de manière à avoir assez de vivres pour y rester le temps nécessaire pour détruire les villages, couper les arbres fruitiers, brûler ou arracher les récoltes, vider les silos, fouiller les ravins, les roches et les grottes, pour y saisir les femmes, les enfants, les vieillards, les troupeaux et le mobilier; ce n'est qu'ainsi qu'on peut faire capituler ces fiers montagnards.

 

             Maréchal Bugeaud, 1842, dans Alexis de Tocqueville, De la colonie en Algérie, paru Complexe, 1988, p.30, Tzvetan Todorov.

 

 

 

Plus d'indulgence, plus de crédulité dans les promesses. Dévastations, poursuite acharnée jusqu'à ce qu'on me livre les arsenaux, les chevaux et même quelques otages de marque... Les otages sont un moyen de plus, nous l'emploierons, mais je compte avant tout sur la guerre active et la destruction des récoltes et des vergers... Nous attaquerons aussi souvent que nous le pourrons pour empêcher Abd el Kader de faire des progrès et ruiner quelques unes des tribus les plus hostiles ou les plus félonnes.

 

             Lettre de Bugeaud le 18 janvier 1843 au Général de la Moricière

 

             Maréchal Bugeaud, 24 janvier 1843, dans Un rêve algérien, paru Dagorno, 1994, p.18, Jean-Luc Einaudi.

 

 

 

J’espère qu’après votre heureuse razzia le temps, quoique souvent mauvais, vous aura permis de pousser en avant et de tomber sur ces populations que vous avez si souvent mises en fuite et que vous finirez par détruire, sinon par la force du moins par la famine et les autres misères.

 

             Lettre de Bugeaud le 24 janvier 1843 au Général de la Moricière

 

             Maréchal Bugeaud, 24 janvier 1843, dans Un rêve algérien, paru Dagorno, 1994, p.19, Jean-Luc Einaudi.

 

 

 

Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Enfumez les à outrance comme des renards.

 

             A Orléanville, le 11 juin 1845, Bugeaud conseille ceci à ses subordonnés pour réduire la résistance des populations de la région du Chélif

 

             Maréchal Bugeaud, 11 juin 1845, Orléanville, dans Une grande figure, Saint-Arnaud maréchal de France, paru aux Nouvelles Éditions latines, 1960, p.67, Louis de Charbonnières.

 

Étienne Maurice Gérard

 

Il faut se résigner à refouler au loin, à exterminer même la population indigène [de l'Algérie].

 

  • Étienne Gérard était en 1832 ministre de la Guerre sous Louis-Philippe

 

  • Étienne Maurice Gérard, 1832, dans Pourquoi la guerre d’Algérie était devenue inévitable, paru L'Humanité, 28 octobre 2004, Hassane Zerrouky.

 

Journal des économistes

 

Dans notre premier article, nous avons développé cette suite d'idées : Une population indigène existe en Algérie : pour coloniser, c'est-à-dire pour faire cultiver l'Algérie par des Européens, il faut substituer des Européens aux indigènes. Cette substitution ne peut avoir lieu que par l'extermination des indigènes : nous avons supposé cette extermination obtenue et nous avons examiné quelle serait la population appelée à remplacer les indigènes : ce serait une population française; car ce ne serait pas pour des étrangers tels que les Maltais, les Mahonnais, les Espagnols et les Italiens, qui sont déjà plus nombreux que les Français en Algérie, que nous ferions les sacrifices en hommes et en argent que nous impose cette possession.[...] Probablement la France ne prendra pas la résolution d'exterminer les Arabes : ce n'est pas au moment où l'Angleterre a aboli l'esclavage et où l'on fait des efforts pour la suivre dans cette voie, que l'on voudrait donner un éclatant démenti à la civilisation en réhabilitant l'esclavage en Afrique. [...] Quoi qu'il en soit, l'extermination est loin d'être accomplie : la population africaine n'est pas clairsemée comme celle du Peau-Rouge : portée à 8 millions par M. le maréchal Bugeaud, elle ne peut s'élèver à moins de 2 millions et demi. Si l'on continue encore pendant quinze à vingt ans, les colonistes pourront s'établir en paix sur l'Afrique dépeuplée. [...] De quelque manière qu'on s'y prenne pour s'emparer des terres des indigènes, quelque principe que l'on invoque, c'est toujours l'extermination qui en est la conséquence.

 

             Journal des économistes, revue mensuelle de l'économie politique, des questions agricoles, manufacturières et commerciales, Journal des économistes, éd. Presses universitaires de France, 1847, t. 17, L'Algérie, colonisation, p. 89,123

 

Alexis de Tocqueville👎

 

D'une autre part, j'ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n'approuve pas, trouver mauvais qu'on brûlât les moissons, qu'on vidât les silos et enfin qu'on s'emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre. Et, s'il faut dire ma pensée, ces actes ne me révoltent pas plus ni même autant que plusieurs autres que le droit de la guerre autorise évidemment et qui ont lieu dans toutes les guerres d'Europe. En quoi est-il plus odieux de brûler les moissons et de faire prisonniers les femmes et les enfants que de bombarder la population inoffensive d'une ville assiégée ou que de s'emparer en mer des vaisseaux marchands appartenant aux sujets d'une puissance ennemie ? L'un est, à mon avis, beaucoup plus dur et moins justifiable que l'autre. Si en Europe on ne brûle pas les moissons, c'est qu'en général on fait la guerre à des gouvernements et non à des peuples.[...] Le second moyen en importance, après l'interdiction du commerce, est le ravage du pays. Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l'époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu'on nomme razzias et qui ont pour objet de s'emparer des hommes ou des troupeaux.

 

             « Travail sur l'Algérie » (1841), dans Alexis de Tocqueville, De la colonie en Algérie, Alexis de Tocqueville, éd. Complexe, 1988, p. 77

 

 

 

Quoi qu'il en soit, on peut dire d'une manière générale que toutes les libertés politiques doivent être suspendues en Algérie.

 

             « Travail sur l'Algérie » (1841), dans Alexis de Tocqueville, De la colonie en Algérie, Alexis de Tocqueville, éd. Complexe, 1988, p. 143

 

 

 

La société musulmane, en Afrique, n'était pas incivilisée; elle avait seulement une civilisation arriérée et imparfaite. Il existait dans son sein un grand nombre de fondations pieuses, ayant pour objet de pourvoir aux besoins de la charité ou de l'instruction publique. Partout nous avons mis la main sur ces revenus en les détournant en partie de leurs anciens usages. Nous avons réduit les établissements charitables, laissé tomber les écoles, dispersé les séminaires. Autour de nous les lumières se sont éteintes, le recrutement des hommes de religion et des hommes de loi a cessé. C'est-à-dire que nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu'elle n'avait été avant de nous connaître.

 

             « Rapport sur l'Algérie » (1847), dans Alexis de Tocqueville, De la colonie en Algérie, Alexis de Tocqueville, éd. Complexe, 1988, p. 169-170

 

 

 

Si [...] nous agissions de manière à montrer qu'à nos yeux les anciens habitants de l'Algérie ne sont qu'un obstacle qu'il faut écarter ou fouler aux pieds; si nous enveloppions leurs populations, non pour les élever dans nos bras vers le bien-être et la lumière, mais pour les y étreindre et les y étouffer, la question de vie ou de mort se poserait entre les deux races. L'Algérie deviendrait, tôt ou tard, croyez-le, un champ clos, une arène murée, ou les deux peuples devraient combattre sans merci, et l'un deux devrait mourir.

 

             Œuvres, papiers et correspondance, Alexis de Tocqueville, éd. Michel Lévy frères, 1866, t. 9, p. 443

 

Jules Ferry

 

Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder [...] : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. [...] Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. [...] Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. [...] Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation.

 

  • Jules Ferry, 28 juillet 1885, devant la Chambre des députés, dans XIXe siècle: collection textes et contextes, paru chez Magnard, Paris, 1981, p.337, Christian Biet, Jean-Paul Brighelli, Jean-Luc Rispail.

 

 

 

Alain Finkielkraut

 

On change l'enseignement de l'histoire coloniale et de l'histoire de l'esclavage dans les écoles. On y enseigne aujourd'hui l'histoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On n'enseigne plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la civilisation aux sauvages. On ne parle que des tentatives d'exploitation, de domination, et de pillage. [...] Mon père a été déporté de France. Ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz. Mon père est revenu d'Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine: ce qu'il a fait à mes parents était beaucoup plus violent que ce qu'il a fait aux Africains. Qu'a-t-il fait aux Africains? Il ne lui a fait que du bien.

 

  • Alain Finkielkraut, 18 novembre 2005, dans quotidien israélien Haaretz, paru 18 novembre 2005.

 

Victor Hugo

 

Que serait l'Afrique sans les blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaires. L'Afrique n'existe que parce que l'homme blanc l'a touchée. Est-ce que vous voyez le barrage ? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce morceau inerte et passif qui, depuis six mille ans, fait obstacle à la marche universelle, ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité, -l'Afrique. Quelle terre sue cette Afrique ! L'Asie a son histoire, l'Amérique a son histoire, l'Australie elle-même a son histoire ; l'Afrique n'a pas d'histoire. [...] L'Afrique importe à l'univers. Une telle suppression de mouvement et de circulation entrave la vie universelle, et la marche humaine ne peut s'accommoder plus longtemps d'un cinquième du globe paralysé. [...] Cette Afrique farouche n'a que deux aspects : peuplée, c'est la barbarie ; déserte, c'est la sauvagerie [...] Au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle, l'Europe fera de l'Afrique un monde. [...] Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez là. A qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. [...] Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes; croissez, cultivez, colonisez, multipliez.

 

C'était à l'occasion de ce désastreux décret du 15 mai 1791, par lequel l'Assemblée nationale de France admettait les hommes de couleur libres à l'égal partage des droits politiques avec les blancs.

 

  • Bug-Jargal, Victor Hugo, éd. J. Hetzel, 1826, p. 242 

 

Le moyen ridicule qu'il (Biassou) venait d'employer avec tant de succès pour déconcerter les ambitions toujours si exigeantes dans une bande de rebelles, me donnait à la fois la mesure de la stupidité des nègres et de l'adresse de leur chef .

 

  • Bug-Jargal, Victor Hugo, éd. J. Hetzel, 1826, p. 242 

 

Ernest Renan

 

La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise d'une dextérité de main merveilleuse, sans presque aucun sentiment d'honneur; gouvernez-la avec justice en prélevant d'elle pour le bienfait d'un tel gouvernement un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite ; une race de travailleurs de la terre, c'est le nègre : soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l'ordre ; une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien.

 

  • La Réforme intellectuelle et morale, Ernest Renan, éd. Michel Levy Freres, 1871, p. 93

 

La mort d'un Français est un événement dans le monde moral; celle d'un Cosaque n'est guère qu'un fait physiologique: une machine fonctionnait qui ne fonctionne plus. Et quant à la mort d'un sauvage, ce n'est guère un fait plus considérable dans l'ensemble des choses que quand le ressort d'une montre se casse, et même ce dernier fait peut avoir de plus graves conséquences, par cela seul que la montre en question fixe la pensée et excite l'activité d'hommes civilisés.

 

             L'Avenir de la science - pensées de 1848, Ernest Renan, éd. Calmann-Lévy, 1890, p. 522

 

Encyclopédies

 

La Race Blanche, au profil harmonieux, régulier, progresse dans une activité fiévreuse, triomphe dans la Science après avoir excellé dans les Arts, s'efforce de plus en plus vers un idéal mesuré, raisonnable, pratique. La Race Jaune, épuisée sans doute d'avoir engendré une des premières civilisations et les plus anciennes philosophies, réagit partiellement contre un passé qui l'écrase et, hostile aux conceptions modernes, passe dans ses villes murées des jours gris, ombre diaphane, d'aspect fragile, aux yeux bridés, au nez épaté, qui semble vouloir se volatiliser parmi l'âcre fumée de l'opium. Sommeil ? léthargie ? où se préparent peut être des forces nouvelles ? [...] La Race Rouge, sauvage à la façon des grands oiseaux de nuit que la lumière du jour éblouit, disparaît peu à peu d'un monde où la forêt vierge, où la place elle-même, lui sont de plus en plus mesurées. La Race Noire, enfin, - la plus proche de la nature, - brutale, solide dans sa taille bien prise, la face et le crâne en bélier, le nez écrasé, l'œil bestial et la chevelure crépue, dispute à l'invasion blanche ses villages, ses chasses, ses libertés. Ainsi, entre les quatre races qui peuplent la terre, des différences profondes, physiques et morales, existent, insondables.

 

  • Les Merveilles des races Humaines, Collectif, éd. Hachette, 1908, p. 55